Le leadership en action : Transformer des récits en actions de plaidoyer

Le leadership ne se résume pas toujours à prendre la parole derrière un podium. Parfois, il commence par un récit.

Dans le cadre de notre série Leadership en action, nous nous entretenons avec des filles et des femmes inspirantes issues du réseau de l’AMGE qui créent des changements au sein de leurs communautés et au-delà. A travers leur parcours de leadership, elles démontrent que le plaidoyer peut prendre de nombreuses formes, qu’il s’agisse d’influencer les politiques ou de redéfinir les récits grâce à la créativité.

Dans ce numéro, nous mettons à l’honneur Amirah, membre de l’Association des Guides de Malaisie et Champion Mondial de plaidoyer (GAC) 2025, écrivaine, cinéaste primée. A travers son parcours de leadership au sein des Guides et des Eclaireuses, elle a su allier plaidoyer et narration pour sensibiliser le public au mariage des enfants dans son court-métrage primé, Kapal Kertas. Le film met en lumière les réalités du mariage des enfants à travers le regard d’une jeune fille, en utilisant la narration pour susciter l’empathie, le dialogue et l’action.

Nous lui avons parlé de l’inspiration derrière le film, le lien entre plaidoyer et créativité, et des raisons pour lesquelles chaque jeune a le pouvoir de faire une différence.

Qu’est-ce qui vous a inspiré pour créer Kapal Kertas ?

Kepal Kertas raconte l’histoire d’une jeune fille en Malaisie qui est poussée au mariage à un très jeune âge en raison des circonstances qui l’entourent et des attentes de sa communauté. A travers son parcours, le film explore la manière dont le mariage précoce peut insidieusement priver un enfant de ses rêves, de ses choix et de son avenir.

L’inspiration pour cette histoire m’est venue de mon travail de plaidoyer et des efforts déployés par des organisations, notamment l’Association des guides de Malaisie, pour lutter contre le mariage des enfants. Au fil des années, j’ai suivi les débats sur le relèvement de l’âge minimum légal du mariage en Malaisie, et j’ai voulu contribuer à ce dialogue d’une manière qui parle au public. Plutôt que de me concentrer uniquement sur les statistiques, j’ai souhaité raconter cette histoire à travers le regard d’un enfant et mettre en lumière l’impact émotionnel qui se cache derrière ce problème.

Que souhaitez-vous que le public retienne de ce film ?

J’espère que les spectateurs sortiront de la salle en comprenant que le mariage des enfants n’est pas seulement un problème qui touche des communautés isolées ou des régions en développement mais un problème mondial qui continue d’affecter d’innombrables filles à travers le monde.

Plus important encore, j’espère que les spectateurs réfléchiront à ce qui est perdu lorsqu’un enfant est contraint de grandir trop vite. Chaque enfant mérite d’avoir la possibilité de rêver, d’apprendre et de décider de son propre avenir. Si Kapal Kertas peut susciter des discussions sur la protection de ces opportunités et favoriser une plus grande prise de conscience autour du mariage des enfants, alors il aura atteint l’objectif que je m’étais fixé.

En quoi votre expérience en tant que champion mondial de plaidoyer a-t-elle influencé votre travail ?

En tant que champion mondial de plaidoyer 2025, j’ai eu l’occasion de participer à des discussions avec les Nations Unies et d’autres parties prenantes autour du programme Pékin+30. L’un des enjeux clés défendus par l’AMGE était le mariage des enfants, et grâce à ces échanges, j’ai acquis une meilleure compréhension de la manière dont ce problème se manifeste différemment selon les pays et les communautés.

Alors que les espaces de plaidoyer se concentrent souvent sur les données, les politiques et les statistiques, j’ai pris conscience qu’un véritable changement passe également par des récits auxquels les gens peuvent s’identifier sur le plan émotionnel. La narration a le pouvoir de rendre des enjeux complexes plus personnels et plus accessibles.

En tant qu’auteur de métier, j’ai souhaité mettre à profit mes compétences et les plateformes à ma disposition pour porter cette question à la connaissance d’un public plus large. C’est cette motivation qui m’a poussée à participer au « Kancil Young Director Challenge », où est né Kapal Kertas. Ce film est devenu pour moi un moyen de traduire un enjeu de plaidoyer important en une histoire à laquelle le public puisse s’identifier émotionnellement et dont il se souvienne longtemps après l’avoir vue.

En quoi votre appartenance au mouvement des guides et des éclaireuses, ainsi que votre expérience en tant que Champion Mondial de plaidoyer de l’AMGE, ont-elles façonné la dirigeante et la militante que vous êtes aujourd’hui ?

L’une des plus grandes leçons que m’a enseignées le mouvement des guides, c’est que le plaidoyer ne se limite pas aux problèmes que nous vivons nous-mêmes. En tant que défenseur, je ne suis pas personnellement confrontée au mariage des enfants, mais je crois que le leadership consiste à utiliser sa voix et sa tribune pour défendre celles dont les histoires restent souvent inaudibles.

Grâce au mouvement des guides et à mon expérience en tant que champion mondial de la défense des droits de l’enfance au sein de l’AMGE, j’ai eu l’occasion de plaider en faveur de causes touchant les filles et les jeunes femmes à travers le monde. Ces expériences m’ont inspirée à mettre à profit mes propres compétences d’auteur et de réalisatrice pour apporter une contribution significative. C’est ainsi qu’est né Kapal Kertas, une histoire créée pour susciter l’empathie, lancer des discussions et encourager l’action sur un problème qui continue de toucher les filles partout dans le monde.

Qu’est-ce que ce parcours t’a appris ?

Être présélectionnée pour le Prix de jeune réalisateur a été extrêmement significatif, car cela signifiait que l’histoire avait touché un public international. Au-delà de la reconnaissance en soi, savoir que des personnes de différentes régions du monde avaient regardé le film, s’étaient identifiées à lui et en avaient discuté le film a été profondément gratifiant.

Kapal Kertas a eu la chance d’être récompensé, notamment par les prix du Meilleur film, du Meilleur réalisateur, du Meilleur montage et du Meilleur son aux Kancil Awards, ainsi que par le prix Grande dans la catégorie Nouveau réalisateur et le prix Or dans la catégorie Art cinématographique : scénario à l’ADFEST. Bien que je sois reconnaissante de ces distinctions, le véritable objectif du film a toujours été de susciter des débats sur le mariage des enfants.

Ce que j’ai retenu de cette expérience, c’est que la créativité peut être un puissant moyen de plaidoyer. Le film a la capacité de transcender les frontières, les cultures et les langues, ce qui en fait un outil efficace pour porter les enjeux sociaux au cœur du débat public et susciter une prise de conscience plus large.

Quelle est la prochaine étape pour toi ?

J’espère continuer à raconter des histoires qui suscitent des conversations constructives et encouragent les gens à aborder des problèmes familiers sous un nouvel angle. Je crois que la narration peut créer de l’empathie, remettre en question les idées reçues et inspirer l’action d’une manière que les faits seuls ne parviennent pas toujours à faire.

J’espère également donner davantage de jeunes, en particulier aux filles, les moyens d’explorer la narration et la création de contenu comme outils d’expression personnelle et de plaider leurs causes. Offrir aux jeunes une espace d’expression pour partager leurs expériences est l’un des moyens les plus puissants d’apporter un changement durable.

Quel message souhaiteriez-vous transmettre aux autres guides et éclaireuses qui souhaitent utiliser leur voix pour créer des changements ?

Il n’y a pas une seule façon de créer des changements. Le plaidoyer peut prendre de nombreuses formes, et nous disposons aujourd’hui de plus d’outils que jamais pour donner vie à nos idées. Que ce soit par le film, l’écriture, les réseaux sociaux, la technologie ou des initiatives communautaires, chaque effort a le potentiel de faire la différence.

Mon conseil est de commencer modestement et là où vous vous trouvez. Vous n’avez pas besoin d’avoir toutes les réponses avant de passer à l’action. Souvent, le changement commence par une conversation, une idée ou un pas en avant. Ayez confiance en votre voix, restez curieuse et n’oubliez pas que même la plus petite action peut créer un impact bien plus grand que vous ne l’imaginez.

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