La violence et la peur sont un frein pour les filles. Il est temps de changer les choses.

Présidente de Conseil mondial de l’Association mondiale des Guides et des Éclaireuses.

Nombreux sont ceux qui ont qualifié 2017 comme l’année charnière pour les droits des femmes. Le début de l’année a été marqué par les diverses marches des femmes qui se sont déroulées dans plus de 20 pays, dont les États-Unis, la Thaïlande, l’Afrique du Sud, le Mexique, l’Italie, l’Inde, l’Australie et le Royaume-Uni. Plus récemment, plusieurs actrices et autres femmes de haut niveau ont dénoncé le harcèlement sexuel qui existe à Hollywood, dans les milieux du spectacle, de la politique et ailleurs. La médiatisation de ces cas a attiré l’attention du monde entier sur l’étendue du problème qui touche les femmes dans le monde. Dans mon pays, les contestataires du concours de beauté de Miss Pérou 2017 ont utilisé leur plate-forme pour présenter les « statistiques de l’état civil » concernant la violence à l’égard des femmes dans notre pays. 

J’applaudis les exemples des voix des femmes qui s’élèvent pour faire entendre leurs expériences. 

Aujourd’hui, nous célébrons la Journée internationale des volontaires. En tant que présidente de l’Association mondiale des Guides et des Éclaireuses, organisation dédiée à chaque fille et dirigée par des volontaires dévoués, je veux m’assurer que les filles et les jeunes femmes ne sont pas oubliées dans les débats.
CAR sketch WAGGGS

Jusqu’à ce que chaque fille soit à l’abri de toute forme de violence 

Il est profondément choquant de constater que 50 pour cent des agressions sexuelles dans le monde sont commises sur des filles âgées de moins de 16 ans. Toutes les filles ont le droit de grandir à l’abri de la violence et sans crainte de la violence. Pourtant, des millions de filles vivent des situations dangereuses tous les jours, que ce soit à l’école, dans les transports publics et à la maison. 

Les filles de moins de 16 ans sont particulièrement vulnérables face aux agressions sexuelles, à la violence et au harcèlement. Pourtant, nous manquons de données fiables sur cette question. Pour faire bouger les choses, nous devons écouter les filles et mieux connaître leurs expériences. C’est ce qui a motivé l’Association mondiale des Guides et des Éclaireuses (AMGE) pour lancer notre campagne #GirlsAreUnsafe. 

Durant la période des 16 jours d’activisme contre la violence sexiste, qui s’étend du 25 novembre au 10 décembre, nous demandons aux filles partout dans le monde de partager leurs dessins où elles indiquent les espaces et les endroits où elles se sentent le moins en sécurité dans leur vie quotidienne. Nous exhortons les gouvernements à agir en créant une voix mondiale qui exige l’éradication de la violence sexiste.

Khawla WAGGGS

Un enjeu mondial 

Cela a été extrêmement révélateur de voir les dessins réalisés par les filles du monde entier. Ces filles n’ont pas plus de sept ans et craignent pourtant la violence dans leur vie quotidienne. Quelle que soit la provenance des filles, d’Australie, d’Argentine, de Trinidad et Tobago ou de la République centrafricaine, les dessins que nous avons reçus montrent clairement les thèmes où les filles ne se sentent pas en sécurité, dont beaucoup révèlent que marcher dans la rue le soir ou utiliser les transports en commun sont des situations dangereuses  Une jeune fille de 13 ans, originaire d’Argentine, a expliqué qu’elle se sent en danger « dans la rue. Vous ne vous sentez absolument pas en sécurité parce que les hommes vous interpellent. »  

Les filles et les jeunes femmes du monde entier vivent cette forme de harcèlement. Les Éclaireuses de Tunisie nous ont expliqué que le harcèlement est monnaie courante. Khawla, 16 ans, nous a confié qu’« en Tunisie, les filles ont un sentiment d’infériorité. » Elle rajoute « les filles sont vues comme des objets. La violence et le harcèlement sexuel sont omniprésents, cela se produit tous les jours dans la rue. Si je porte une jupe courte, les gens me regardent. » 

La crainte de la violence pèse sur le quotidien des filles et des jeunes femmes. Cette peur influe sur leurs possibilités futures et leurs choix de vie. Le Guidisme et Scoutisme féminin aide les filles dans le monde entier à identifier la violence et à cultiver des relations saines grâce à des activités d’éducation non formelle et à l’organisation de campagnes mondiales. Un groupe de filles du Rwanda, dont Divine, âgée de 12 ans, nous a expliqué pourquoi cette question est si importante pour elles :

« À l’école, on ne nous apprend pas comment réagir face à la violence ou au “sugar daddies”. Nous ne pouvons pas parler ouvertement de ces questions en présence des garçons, mais le Guidisme m’offre un espace sûr qui me permet d’en parler… Par le biais de discussions ouvertes, les mentors au sein du Guidisme m’ont enseigné ce que je devais faire si j’estimais être en danger. Aujourd’hui, je sais à qui demander de l’aide et j’ai appris que je ne devais pas me taire. » 

Nos programmes et nos campagnes aident les filles à éviter les écueils dans le contexte particulier au sein de leur communauté et de leur pays. Massa, une Guide du Libéria, nous a raconté comment le Guidisme soutient les filles dans sa région : 

« Beaucoup de sujets qui affectent la société au Libéria sont abordés par le Guidisme, comme le mariage précoce. Notre programme pédagogique porte une attention particulière sur ce sujet afin d’aider les filles à reconnaître l’importance de l’éducation. »

082017 Rwanda Divine Herve Irankunda / WAGGGS

Au-delà du Guidisme 

Je suis très fière que notre travail contribue à soutenir les initiatives des Guides et les Éclaireuses visant à encourager la prise de parole et l’action, mais au-delà de cela, je suis également fière que le programme phare de notre secteur « des Voix contre la violence » et la campagne « Stop à la Violence » aillent encore plus loin, en apportant à d’autres groupes et communautés l’appui dont ils ont tant besoin.   

Nous avons appris qu’une organisation basée en Colombie utilise notre programme pour soutenir leurs actions liées à la prévention de la violence à l’encontre des filles et des grossesses précoces. Leurs ateliers sont élaborés avec des filles issues d’une communauté vulnérable des bidonvilles et utilisent les différentes ressources de notre programme « Des voix contre la violence ». »   

Au début de l’année, plusieurs formateurs de l’AMGE ont visité le camp de réfugiés de Moria  de Lesvos, en Grèce, pour animer des sessions sur le plaidoyer afin d’encourager les filles et les jeunes femmes à s’exprimer sur la violence et les agressions sexuelles dont elles ont été victimes.  

Les initiatives visant à encourager les filles à prendre la parole et à exiger des changements ont toujours été au centre de notre travail. Vu la médiatisation grandissante sur la question du harcèlement sexuel et la violence à l’égard des femmes, il est important de saisir l’ampleur du problème. 

Notre campagne #GirlsAreUnsafe est un rappel brutal que les jeunes filles dans le monde sont victimes de harcèlement, de violence et d’agression, et est aussi un appel lancé par les filles pour un monde meilleur et plus sûr.

Célébrer la contribution de volontaires fantastiques 

En cette Journée internationale des volontaires, où nous demandons aux gouvernements de créer des environnements favorables et sûrs pour toutes les filles, que ce soit l’école, la communauté, la maison, je souhaite dire un grand merci à nos 1,5 million de volontaires femmes et hommes partout dans le monde, sans qui le Guidisme et Scoutisme féminin n’existerait pas.

C’est grâce à la contribution de ces volontaires fantastiques que nous sommes en mesure de proposer des campagnes et des programmes éducatifs aux filles dans 150 pays. Ce sont ces fantastiques volontaires qui encouragent les filles à prendre la parole pour mettre fin à la violence. Ce sont ces volontaires qui écoutent les filles et leur fournissent des endroits sûrs où elles peuvent vivre à l’abri de la violence, de la crainte et sans être confrontées aux réalités quotidiennes du harcèlement et de la maltraitance.  

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