Les Eclaireuses de Tunisie se battent contre l’extrémisme et propagent la paix

La radicalisation et l’extrémisme exposent les jeunes à de grands risques – c’est une réalité que vivent des jeunes en Tunisie, nombreux ayant des amis et de la famille qui sont partis se battre. En tant que l’une des principales organisations pour les garçons et les filles, Les Scouts Tunisiens, membre de l’Association mondiale des Guides et des Eclaireuses, se concentrent sur la lutte contre l’extrémisme et la promotion de la tolérance par le biais d’un projet novateur sur le terrain...

Alors que le soleil se couche et que la poussière retombe sur le campement de Borj Cedria, en Tunisie, des groupes d’éclaireuses en provenance de tout le pays commencent tout juste à se lancer dans les activités de leur camp d’été. Parmi les arbres, on aperçoit un ensemble de petites tentes blanches qui encerclent des groupes d’éclaireuses soigneusement habillées. Assises sur le sol et engagées en pleins débats enthousiastes, il est clair que ces filles prennent les choses au sérieux ; certaines discutent de la violence fondée sur le genre et d’autres axent leur réflexion sur la manière de lutter contre l’extrémisme.

On a nommé la Tunisie “le premier pays exportateur” de combattants djihadistes à ce jour, contribuant selon les estimations pour 6 000 de ses ressortissants aux groupes en Iraq et en Syrie. On estime qu’il y a de 1 000 à 1 500 tunisiens qui se battent dans la Libye voisine, et des dizaines de tunisiens combattants au Mali et au Yémen.

Les nombres croissants de jeunes qui partent pour se battre et de ceux qui sont vulnérables à la radicalisation sont devenus une problématique majeure dans la société tunisienne. Ayant vu certain nombre de garçons partir au combat, y compris des membres familiaux, Les Scouts Tunisiens – membre de l’Association mondiale des Guides et des Eclaireuses – sont déterminés à faire quelque chose et changer le cours des choses.

Fatma and Khouloud
Partir pour se battre

 “Mon cousin est parti se battre en Syrie. Nous avons été sous le choc quand nous avons appris la nouvelle,” déclare Khouloud, leader éclaireuse âgée de 24 ans. “Je l’ai vu un mois avant son départ. J’ai pu remarquer un changement chez lui. Il postait beaucoup de contenus religieux sur Facebook, mais on ne s’était jamais imaginé qu’il pourrait partir.

“En Tunisie, les gens disent souvent que la pauvreté est l’une des principales causes qui poussent les gens à partir se battre, mais je pense qu’il y a d’autres raisons. Mon cousin profitait de ce que la vie lui offrait. Il ne souffrait pas. Il travaillait dur. Nous avons appris qu’il avait été endoctriné. On lui a dit qu’il vivait dans un état de péché et qu’il irait au paradis s’il vivait d’une certaine façon.

“Quand il est arrivé en Syrie, il a trouvé une situation où les gens s’entretuaient. Tout cela n’avait aucun lien avec notre religion. Il a fui la Syrie dès qu’il a pu mais il a été appréhendé en Allemagne où il a été mis en prison. Il y est encore et nous ne savons pas quand il rentrera à la maison.”

Khouloud travaille avec une camarade leader guide appelée Fatma, âgée de 28 ans, pour essayer de traiter cette question, d’un peu partout dans le pays.

Suite à la révolution tunisienne de 2011, Fatma a vu des jeunes partir en quête de ce qu’ils pensaient être une vie meilleure.  

“Après la révolution, l’état d’esprit des gens a changé. Beaucoup n’ont pas pu accepter les différences chez les autres. Pour eux, rien n’allait plus.

“Six ans après, les choses n’ont pas évolué. La Tunisie a aujourd’hui le pourcentage le plus élevé de jeunes qui partent se battre en Syrie, y compris des filles. Un grand nombre de garçons quittent l’école de manière précoce pour pouvoir aller se battre. Croyez-moi quand je dis qu’ils se battent sur la ligne de front.”

Pour Fatma, le problème demeure l’absence d’éducation.

“Le système éducatif en Tunisie est encore défaillant. Dans les classes, on n’aborde pas la question de la religion, ou de l’extrémisme religieux, alors les jeunes n’ont pas d’autre choix que de se forger leurs propres opinions. Il est facile de les endoctriner.”

L’éducation est un aspect fondamental

Girl Scouts at Tunisian CampEnsemble, Fatma et Khouloud, avec un certain nombre d’autres éclaireuses s’emploient activement à éduquer les filles et les garçons en Tunisie et à les sensibiliser aux dangers de l’extrémisme et à l’influence néfaste que cela peut avoir dans leurs vies, et ce au travers de son programme d’insigne ’Diffuser la culture de la tolérance et résister à l’extrémisme violent’.

Wahid Labidi, président des Scouts Tunisiens, déclare :

“Quand le problème de l’extrémisme religieux est apparu, Les Scouts Tunisiens ont estimé qu’ils pouvaient faire quelque chose pour y remédier après avoir vu le départ au combat d’un petit nombre de garçons. Cela nous brisait le cœur. Nous voulions aider les jeunes et leur montrer qu’il y avait d’autres options : ils pouvaient rejoindre notre Mouvement, plutôt que d’adhérer à cette violence. Notre projet entre pairs est en constante progression et nous faisons tout notre possible pour aider les jeunes à rejoindre le programme et à entreprendre quelque chose de positif pour leur communauté et la société.”

 
Le projet vise à éduquer les jeunes (scouts et non-scouts) sur les dangers liés à une association avec des organisations terroristes et à les sensibiliser à l’importance de cultiver la tolérance et de résister à l’appel de l’extrémisme violent au travers d’activités, telles que des discussions libres et ouvertes et des opportunités créatives. Nous espérons que plus de 100 000 personnes bénéficieront de ce projet.

Khouloud déclare : “Les Scouts, garçons aussi bien que filles, organisent des ateliers pour les jeunes, dans le but de fournir un cadre sécuritaire où ils peuvent débattre de ces questions. Un éventail d’activités sont disponibles, en fonction de l’âge, du sexe et de la région.”


Girl Scouts of Tunisia
Espace ouvert

Fournir un espace ouvert aux jeunes pour débattre des questions difficiles est primordial dans ce projet, déclare Fatma.

“Lorsque nous parlons aux jeunes pendant nos activités scoutes, cela suscite chez eux des réactions très émotionnelles. Certains de ces jeunes nous racontent comment ils veulent partir et combattre, car ils ont l’impression que personne d’autre ne peut les aider. Nous les écoutons et nous leur disons que s’ils trouvent une activité comme le Guidisme et le Scoutisme, cela peut aider à résoudre ces problèmes.

“Nous invitons les personnes qui ont combattu en Syrie à venir nous voir et à raconter en quoi la vie consiste vraiment quand ils partent. J’ai constaté l’impact que cela a sur les jeunes et comment ils réagissent quand ils découvrent combien la réalité est horrible. Il est bon pour eux de prendre des décisions basées sur de réelles expériences.”

“Nous faisons de notre mieux pour aider les jeunes à trouver des solutions par eux-mêmes. Nous le faisons au travers des arts et de l’artisanat ou de la poésie et de la danse. Il est utile pour eux de transformer l’énergie négative en quelque chose de positif et de bon."

La force des jeunes

Sharing messages about peace and toleranceEn Tunisie, et dans le monde entier, les guides et les éclaireuses prennent des mesures positives et font entendre leurs voix, en démontrant la véritable force des jeunes, déclare la présidente de l’Association mondiale des Guides et des Eclaireuses, Nicola Grinstead:

“Par le biais des programmes ciblés qui sont dédiés à la lutte contre l’extrémisme et les principaux projets qui visent à mettre fin à la violence contre les femmes, les guides et les éclaireuses stimulent le développement communautaire, en dotant les jeunes des expériences et des compétences de vie dont ils ont besoin pour participer à la société et construire le monde que nous voulons voir émerger pour nos jeunes et leur avenir.”

Pour Fatma, Khouloud et leurs amies du Guidisme et du Scoutisme féminin, le projet a un impact considérable – et tous ces jeunes n’ont jamais été aussi fiers de faire partie du Mouvement.

“Mettre en œuvre ce projet m’a tellement appris,” explique Khouloud. “C’est tout particulièrement important pour moi compte tenu de ce que mon cousin a vécu. Lorsque je rencontre des jeunes qui sont tourmentés, le conseil que je leur donne est : “Parlez à votre famille et à vos amis. C’est important de réfléchir aux décisions que vous prenez. Une fois que vous les aurez exprimées, elles peuvent changer.”

Partager cette page