Action 1 -Exprimez-vous ! Défiez la discrimination et la violence à l'égard des femmes

Edith, 30 ans, du Nigeria, a surmonté une enfance pleine de violence. Après avoir bravement parlé de son expérience, elle encourage maintenant les autres à faire de même à travers la campagne Stop à la violence de l'Association Mondiale des Guides et des Eclaireuses….

112016_ Edith Chukwu AMGE


"Quand j'avais cinq ans, on m'a envoyé vivre avec ma tante. Elle avait lutté pour avoir un bébé, donc mes parents m'ont envoyée comme une bénédiction. Pendant que j'habitais là-bas, j'ai été soumise à des abus physiques et psychologiques de la part de ma tante. Je pensais que les insultes et les coups étaient normaux. Je pensais que cela faisait partie de ma culture et que ma tante essayait de faire de moi une meilleure personne.

"Je n'ai jamais réalisé que son comportement était abusif. C'est l'un des problèmes avec la violence - vous ne savez pas toujours quand vous avez été violé. Ma tante m'envoyait colporter (vendre des marchandises) dans la rue. Cela a commencé à affecter mon éducation car je devais aller vendre des choses à 6 heures du matin. Si le marché était bon, j’allais à l'école du soir. S’il était mauvais, je n'allais pas à l'école du tout. Parfois, j’étais battue et affamée si je ne n’avais pas assez vendu.

“Colporter n'était pas sûr. Il y avait des risques et j'ai même été abusée sexuellement à un moment donné. J'étais si jeune que je ne savais pas me défendre.

"Après 11 ans, je suis rentrée chez mes parents. Bien que j'aie essayé de leur dire ce qui s'était passé, ils ne me croyaient pas. Quelques années plus tard ma tante est venue vivre avec nous. Elle venait de perdre son mari. Mes parents ont fini par écouter ce que j'avais à dire quand ils ont vu la façon dont elle traitait mes frères et sœurs.

“Ce sont les guides qui m'ont donné le pouvoir de parler, de confronter et de contester ce qui m'était arrivé.

"Je suis devenue guide quand j'avais 10 ans. Cela m’a apporté l'amitié et un espace sûr. En fait, alors que j'assistais à une séance de formation sur les Voix contre la violence, un programme élaboré par l'Association mondiale des Guides et des Eclaireuses et par ONU Femmes, j'ai trouvé le courage de parler de ce qui m'était arrivé quand j'étais enfant. C'est à ce moment que quelque chose à l'intérieur de moi a changé. J'ai pensé, "Wow, ça m'est arrivé."

"Je me suis dit que j'avais besoin de partager ce que j'avais traversé afin que d'autres personnes puissent commencer à parler aussi. C'était mon histoire de l’époque, mais ce n'est plus qui je suis. Je suis mieux et je ne suis plus la personne que j'étais. J'ai utilisé cette expérience pour m'améliorer et c'est l'encouragement que je donne à d'autres filles quand je lance des sessions des Voix contre la violence. L'AMGE m'a donné une voix et la capacité d'exprimer ma propre opinion, et je veux que les autres fassent de même.

“Au Nigéria, la violence à l’égard des femmes est un problème majeur, qui implique la mutilation génitale féminine et la grossesse chez les adolescentes. Les parents disciplinent leurs enfants par la violence, mais ce n'est pas considéré comme un abus. Mes amis et moi avons rencontré bon nombre de ces problèmes. Les filles m'ont dit comment elles avaient été violées, beaucoup ont encore peur d'en parler. Notre groupe de guides est un espace sûr où les filles peuvent s'exprimer sur ce qui s'est passé. Nous pouvons ensuite renvoyer ces cas à la police.


112016_Nigeria _ Edith and friends speak out AMGE


“Nous avons encouragé les filles à s'exprimer d'une autre manière. Au Nigéria, j'ai travaillé avec 10 formatrices de guides qui ont assisté à l'événement Activer. En collaboration avec le service projet de notre association, nous allons mettre en place notre programme Voix contre la violence à travers le pays. Nous avons travaillé avec des représentants officiels des guides que nous avons formés, leur expliquant pourquoi ce programme est nécessaire. Nous parlons également dans les communautés où la violence et la discrimination sont monnaie courante. Nous avons parlé au ministère des Affaires de genre et nous nous sommes adressé aux leaders et chefs de village pour nous aider à mettre en œuvre notre projet au niveau populaire.

"Nous nous sommes exprimées également via les médias et cela a eu beaucoup d'impact. Tout le monde a une radio ou une télévision, c'est donc une occasion d'atteindre un large éventail de personnes.

"Parler peut vraiment faire une différence ! Lorsque nous avons lancé notre programme des Voix contre la violence, 658 filles et garçons, ainsi que 100 enseignants et leaders adultes de 45 écoles, ont assisté à l'événement. Les filles se sont rapprochées de nous et nous ont raconté comment elles avaient été violentées, alors que les garçons s’engageaient à changer leur comportement.

"Cela a montré le pouvoir des guides et m'a rappelé que lorsque les filles ont un espace sûr pour parler, elles peuvent changer des vies. Je le sais, parce que j'ai vécu la violence. Cela m'a fait devenir ce que je suis et m'a donné la confiance nécessaire pour prendre la parole pour moi et pour le compte des milliers de filles partout dans le monde. Pour cela, je serai toujours reconnaissante. "


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